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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:10

Non, je ne me lance pas dans la carrière de critique de cinéma (y a déjà Debuade, je ne voudrais pas lui faire de l’ombre) mais dans la critique du cinéma et ce vu de l’intérieur !

 

En effet, avec quelques camarades de théâtre (Nath, Simon et François) nous avons fait nos premiers pas au cinéma : samedi et dimanche, nous participions au tournage d’un film !

 

Aaaah, le cinéma !

Un mot qui évoque les phantasmes les plus fous !

La gloire, le glamour, la fortune, les paillettes, les starlettes décolorées à gros nichons…

Et bien, après deux jours de tournage, je peux vous affirmer que c’est pas ça du tout !

Le cinéma, c’est de la merde !

 

Tout a commencé, il y a plus d’un mois, par une affiche négligemment placardée à la salle où nous répétons nos spectacles de théâtre.

Un réalisateur professionnel tout juste sorti d’une des plus grandes écoles de cinéma parisiennes, un certain Raphaël Campagnard (c’est là un nom d’emprunt, je ne désire pas, par le biais de cette chronique, faire du tort à ce monsieur ! Pourquoi « Campagnard » ? Je ne sais pas trop, le bonhomme n’a rien d’un paysan, bien au contraire, il serait plutôt urbain…), cherche des figurants afin de jouer les rescapés d’un crash aérien.

Le tournage se déroulant dans la région, nous avons sauté sur l’occasion, histoire de voir à quoi ça ressemblait, un tournage de film !

 

Me faisant le porte-parole de mes collègues, j’ai pris contact avec Monsieur Campagnard. Il m’a dit être ravi d’avoir à faire avec des comédiens et nous a engagés sur le champ pour tourner le dimanche 14 mars.

Il m’a ensuite recontacté pour nous embaucher le samedi également. Il avait besoin de comédiens pour jouer diverses scènes se déroulant quelques mois après le fameux crash.

Autant dire que nous avons acceptés avec enthousiasme !

 

 

Samedi 13 mars, 13h15

 Nath, Simon, François et votre serviteur nous sommes donnés rendez-vous au Lion à Montricher (haut lieu de la gastronomie régionale, allez-y, ça vaut le détour ! En particulier pour le steak de poulain sauce Lion d’Or, c’est à  tomber !). On se boit une petite mousse et deux cafés, on s’achète un paquet de clopes et départ pour une carrière cinématographique qui s’annonçait prometteuse ! 

 

Samedi 13 mars, 14h00

 Comme convenu, nous nous rendons sur le lieu du tournage, une forêt sise sur la commune de Montricher. Nous trouvons là l’équipe de tournage, soit le réalisateur, son assistant, un technicien et une autre assistante.

Le réalisateur est tel qu’on l’imaginait, il arbore un tenue d’artiste savamment négligée et porte une casquette à la Spielberg, à quoi ça tient le talent !

Son assistant se démène corps et âme, il faut dire qu’il fait de son mieux pour accomplir le travail d’une dizaine personnes...

Le technicien, lui, est aussi doué en technique que moi, ce qui veut dire que son incompétence atteint des sommets !

Et l’assistante est très sympa mais on ne sait pas trop ce qu’elle fout là…

 

Nous voyant arriver, le réalisateur nous dit de nous rendre dans le bled d’à-côté et d’aller nous préparer à la régie (en réalité, c’est dans l’ancien grenier de  l’école, mais ça fait plus pro de dire régie…).

 

Samedi 13 mars, 14h10

 Nous sommes accueillis à la régie par la régisseuse (en réalité, c’est la sœur du réalisateur, mais ça fait plus pro de dire régisseuse…).

Commence alors l’essayage des costumes (en réalité, c’est des vieux habits volés dans des sacs Texaid, mais ça fait plus pro de dire costumes…).

Nous sommes sensés jouer les plus costauds des survivants six mois après le crash et nous sommes donc vêtus de tout et n’importe quoi.

 

Nous faisons aussi connaissance de l’acteur principal, un type super sympa qui s’appelle Stéphane Roi-des-bons-types (là aussi, ce n’est pas son vrai patronyme, mais Rentznik, c'est trop compliqué à écrire...). Pour un acteur professionnel, il ne se la pète pas du tout et, détails qui ne trompent pas, il fume et il boit de la bière ! Un bon gars, quoi !

Les autres figurants « importants »sont tous des pros issus de prestigieuses écoles de théâtre. Ils ne fument ni ne boivent mais s’échauffent en faisant des élongations, du stretching et ça nous laisse tout pantois…

 

Samedi 13 mars, 14h40

 Le réalisateur arrive à la régie, il vient chercher l’acteur principal pour tourner quelques plans en forêt et nous annonce qu’il en a pour un quart d’heure.

 


real 01
Samedi 13 mars, 15h10

 Avec Nath, Simon et François, nous allons nous échauffer à notre tour (en réalité, on traverse la route pour aller boire une bière à l’auberge communale, mais ça fait plus pro de dire qu’on s’échauffe…).

 

Samedi 13 mars, 15h35

 Nous avons fini notre échauffement, nous retournons sympathiser avec les autres (dont une mignonne petite actrice de comédie musicale venue exprès de Paris participer au tournage !). La régisseuse nous dit alors de nous préparer à partir, le réalisateur venant nous chercher un quart d’heure plus tard.

 

Samedi 13 mars, 16h30

 Un gros quart d’heure plus tard, nous partons pour le lieu de tournage. Nous recevons alors, nos instructions ainsi que d’autres éléments de costumes.

Mot d’ordre : être sales et pouilleux !

C’est avec délectation que nous nous roulons dans la boue, que nous enfilons des perruques (en réalité, ça ressemblait plus à des mouettes crevées dans une marée noire, mais ça fait plus pro de dire perruques).

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, nous ressemblons à des bêtes sauvages, des survivants de l’apocalypse, des hommes de crocs-n’avion…

Le tournage peut débuter (mais dans un quart d’heure seulement…).

 

Samedi 13 mars, 17h05

 Ca caille un max ! Il y a bien une petite tente avec un chauffage, mais le technicien n’arrive pas à le mettre en route !

De plus, le responsable logistique (en réalité, on ne sait pas qui c’est, mais c’est un gros nul) n’a rien prévu pour que les comédiens puissent se sustenter.

 

François appelle son épouse afin qu’elle nous amène des bières et des thermos de thé et café.

 

Samedi 13 mars, 17h30

 Enfin, nous commençons à tourner et ce jusqu’à 19h30.

Et tout de suite, les préférences du réalisateur se font sentir. Il décèle, à raison, chez François, un fort potentiel de comédien ! François est alors dans quasi toutes les prises et il y est brillant !

Mais, d’un autre côté, il n’a pas l’air de me trouver photogénique ! A chaque fois que j’entre dans le champ de la caméra, il crie « Coupez ! ».

Je n’en fais pas cas, me réjouissant du tournage nocturne où nous tournerons de vraies scènes de comédie en gros plans.

 

Samedi 13 mars, 18h50

 Nath, qui ne tourne que le dimanche et qui est juste venue pour nous accompagner, est congelée et décide de se barrer.

 

 

Samedi 13 mars, 19h30

 Retour à la régie pour le souper !

La cuisinière (en réalité, c’est la régisseuse, mais ça fait plus pro de dire cuisinière) nous a préparé de délicieux spaghettis bolognaise !  Un régal (sauf les spaghettis qui sont trop cuits…) !

 

Le réalisateur nous explique la suite. Nous allons retourner en forêt jouer des scènes de cannibalisme !  Nous serons tous filmé, en gros plan, autour d’un feu, en train de bouffer un survivant moins survivant que les autres (en réalité, c’est des côtelettes de porc…).

 

Nous attendons un quart d’heure qui en dure trois et nous retournons en forêt.

 

Samedi 13 mars, 20h45

 Sur la route, le réalisateur écrase un chevreuil.

François téléphone vite à un copain chasseur afin que ce dernier vienne saigner l’animal, sinon il sera immangeable !

A ces mots, l’actrice de comédie musicale manque de s’évanouir…

 

Samedi 13 mars, 21h00

 Avec beaucoup moins de conviction, nous enfilons nos costumes et perruques d’hommes des cavernes pendant que le réalisateur est retourné chercher la caméra qu’il a oublié à la régie (en réalité, c’est pas la régie, mais je vous l’ai déjà dit…)

 real 02

Samedi 13 mars, 21h35

 Nous redémarrons le tournage, le technicien ayant enfin pu allumer les projos et le feu (mais pour ça, il s’est fait aider d’un employé forestier venu prêter main forte). Après deux ou trois prises du héros du film, on s’assied tous autour du feu et on attaque nos côtelettes !

Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de bouffer de la bidoche avec une perruque à cheveux longs qui vous cachent plus ou moins le visage. C’est fabuleux, vous ingurgitez plus de cheveux que de viande ! Mais vous n’arrivez rien à avaler tant les cheveux sont longs ! A la fin de la prise, vous crachez la mixture et ça ressemble, en gros, à ces boules de poils que les chats dégueulent…

 

Le réalisateur fait quelques plans d’ensemble du petit groupe en train de manger comme des gloutons et, bien que je ne sois pas du métier, je me rends bien compte que je suis hors champ de sa caméra et ça commence gentiment à me gonfler…

 

Samedi 13 mars, 22h03

 Le tournage devait être fini depuis trois minutes mais le réalisateur nous demande une heure de rallonge (il n’a pas osé demander un quart d’heure sentant bien qu’on lui casserait la gueule…).

Il commence à filmer les différents comédiens, chacun son tour, en gros plan et toujours en train de manger comme des affamés.

 

Après avoir capturé tout le monde, il ne reste que François et moi à jouer. Il filme François qui nous livre une interprétation impeccable (faut dire que manger salement, ça le connaît !).

Le réalisateur termine son plan de François en le félicitant tant son jeu était excellent et lance un « Ok, c’est bon, on va s’arrêter là, j’ai tout ce qu’il me faut ! »

 

Et moi, bordel !?!

Je ne suis pas du genre à m’énerver facilement, mais là c’est trop !

Je ne peux m’empêcher de lui balancer que j’ai bien fait de passer la journée et la soirée à me cailler le cul dans un déguisement à la con pour, au final, ne même pas jouer !

Là, il me répond que ma perruque fait trop « faux » et qu’en gros plan, ça le fait pas ! Je manque de la lui faire bouffer, la perruque, à grand coups de talons dans la mâchoire (mais comme je suis un crétin de pacifiste, je n’en fait rien…) !

 

Je suis bien énervé, je n’ai qu’une envie, me barrer !

Ce n’est pas une question d’égo (pas seulement du moins) mais plutôt que je trouve son attitude à mon égard limite foutage de gueule !

Si je ne conviens pas, qu’il le dise, le mec, et je rentre chez moi dessiner des gags à la con ! Au lieu de cela, il me garde mais m’évite soigneusement du regard à chaque fois qu’il s’adresse à nous !

 

Samedi 13 mars, 22h40

 Après avoir tourné, deux ou trois plans de déambulations nocturnes où je ne suis absolument pas crédible, mais là c’est voulu, il s’adresse à François, Simon et moi pour tourner une scène clé !

Une scène primordiale pour que le spectateur comprenne bien qu’on mangeait un être humain !

Donc François et Simon ont dû me tuer sauvagement en me plaquant violemment au sol et en s’acharnant à coups de bâton et ce dans le but de me bouffer !

 

Belle fin de soirée, moi je vous le dis !

(En réalité, c’était la scène la plus sympa à jouer, mais chuttt, faut pas le dire…)

 

Samedi 13 mars, 23h00

 Tiens pour une fois, pas de retard !

C’est fini, on se dessape et on fonce au Lion pour s’en jeter une et se racheter des clopes (c’est qu’on en grille pendant tous ces quarts d’heures d’attente) !

 

Venant juste de fermer son établissement, la patronne, en nous servant nos bibines, nous pose un cendrier sur la table et nous fumons avec délectation, le cœur empli de nostalgie du temps où l’on pouvait encore enfumer les bistrots !

 

Cette soirée ne se finit pas trop mal, nous sommes alors fin prêt pour le lendemain !

 

Le tournage du lendemain a été du même tonneau que la veille (mais un peu moins riche en rebondissement, je vais donc le résumer plus succintement).

 

Dimanche 14 mars

 

12h30

On reprend les mêmes et on recommence !

Sauf que cette fois, on est venu les quatre avec un dix packs de bières afin de ne pas revivre les privations subies la veille.

 

13h00

Rendez-vous sur le lieu de tournage.

On écluse nos bières avec l’acteur principal et deux autres figurants connus la veille.

 

15h15

On se costume. Nous sommes les premiers à nous servir, étant des figurants de premier plan (François a même été bombardé commandant de bord… moi, je vous le dis, sa carrière au cinéma décolle !)

Vêtus d’habits tout légers, on a surtout gagné le droit de se les geler plus longtemps !

 

16h30

On se les pèle en attendant que le réalisateur finisse de peaufiner son décor.

A ce moment de la journée, un bon tiers des 40 figurants a déjà foutu le camp…

 real 03

17h00

Maquillage et directive du réalisateur.

On a tous la gueule ensanglanté sauf moi qui ai trois petites éraflures de rien du tout…

Monsieur Campagnard (le réalisateur, suivez un peu !) donne ses directives à tous les figurants de premier plan sauf moi !

 avion 01

17h30

On commence à tourner, je vais m’asseoir dans un coin et les regarde faire !

 

17h50

A la fin de la troisième prise, morts de froid, tout les figurants se barrent sans dire au revoir à l’équipe de tournage !

 

18h15

Je rentre à la maison.

Mon fils me regarde avec des grands yeux horrifiés et me demande en bégayant ce que j’ai fait à la tête.

Je réalise alors que j’ai des traces de sang sur le front (d’ailleurs saviez-vous qu’on met du Nutella dans la mixture servant à prépare le faux sang ?) et je le rassure en lui disant que c’est pas grave, que c’est de la peinture et que je vais vite me nettoyer !

Résultat des courses, grâce à ce tournage à la con, je ne vais plus pouvoir gronder mon fils quand il se salit !

 real 04

PS : cette chronique est véridique à 100%, mes camarades peuvent en témoigner !

Mais je tiens ma vengeance : nous devions remettre à la régisseuse une attestation signée comme quoi on cédait nos droits d’image pour le film. Je n’ai jamais donné cette attestation… Attendez que Maître Campagnard devienne un réalisateur mondialement connu et je lui colle un procès qui va lui coûter des millions de dollars !
real 05

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Published by alain - dans Divers
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commentaires

alain 17/03/2010 09:50


François :
Ravi d'avoir fait rigoler Fran-Fran et encore merci à elle pour les provisions de bières et de café !

NoTTo :
Oui, la BD, c'est définitivement plus simple et en plus, on ne risque pas de rentrer en collision avec un chevreuil !


NoTTo 16/03/2010 19:47


J'ai lu avec grand intérêt ce résumé de week-end cinématographique (ou Bière/cigarette. Je ne sais plus).
A la lecture de ces quelques lignes (ou pages ?), une évidence m'est apparue : Je préfère continuer à vivre des acteurs de papier, c'est beaucoup moins pénible finalement!

Merci pour cette incursion dans le monde fabuleux du 7ème art et longue vie aux figurants qui sont dans le cadre (ou pas.)
;-)


F. le Fourbe 16/03/2010 19:12


Encore merci Alain, Fran-Fran a mis un quart d'heure (sur l'échelle normale du temps)pour lire ta chronique et un autre (sur l'échelle cinématographique)pour s'arrêter de rire et changer de culotte
...


alin 16/03/2010 09:10


Sec, moi ?
Samedi, j'étais sec...vu le peu de bières à disposition !


F.le Fourbe 16/03/2010 07:16


Ne sachant comment décrire ces journées à mes proches, j'attendais avec impatience ta chronique.
Merci Alain, tu es bon ... si si, très bon, un peu sec mais très bon.


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